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01/06/2010

Les baleines ont gardé les yeux bleus de leur papa

Mardi 20 avril. Pour ne pas prendre notre petit-déjeuner au motel, nous allons en face, dans une cafetaria. Il faut payer avant d’accéder à toutes ces bonnes choses dégoulinantes de sucrerie et placées sous cellophane. Le café réchauffe dans des récipients dotés d’un robinet.  J’ai le choix entre café américano, café medium et café italiano. Je le bois dans un gobelet en carton épais dans lequel je trempe des toasts goûteux comme des semelles de charentaises en me demandant si John-John n’a pas choisi de se planter en mer plutôt que d’avoir à bouffer ça, on a déjà vu des déprimes causées par ce type de nourriture. Nous décidons de garder notre chambre de motel et de partir à Provincetown, à la pointe de Cape Cod, qui se trouve à un peu plus d’une heure de route, vers le nord. Petite ville balnéaire avec beaucoup de charme, des maisons de bois sur pilotis, les pieds dans l’eau, sur d’immenses plages. Nous nous promenons dans la ville, déjeunons chez Crown & Anchor pour la somme de 46 dollars et attrapons de justesse le bateau de la compagnie Dolphin Fleet. Nous n’avions pas prévu d’aller en mer aussi sommes-nous mal équipés pour nous abriter du vent du large. Par chance, le temps est clément, la mer calme et très vite, nous voyons les baleines. Elles paraissent familières, elles plongent, émergent, se retournent sur le flanc et frappent l’eau de leurs immenses nageoires pour s’éclabousser comme le feraient des enfants avec le plat de leur main. On avait remarqué combien les petites belugas aimaient jouer mais on ne pensait pas que leurs grosses cousines, les baleines à bosse, avaient le même tempérament déconneur. Certaines longent le bateau, curieuses. Dans l’eau, elles paraissent moins impressionnantes qu’à la télé. Le soir, nous retrouvons notre motel et comme cette balade en mer nous a ouvert l’appétit, on opte pour le thaï que nous avions repéré hier. Nous sommes les seuls clients. On regrette le seafood de la veille.

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Mercredi 21 avril. Sur le chemin du retour, nous quittons le highway à la recherche d’un endroit pour déjeuner. L’établissement que nous trouvons vibre d’accents nasillards, de cris d’enfants, de tables qui s’interpellent. Le décor est d’une laideur repoussante, les serveuses vulgaires, les clients bâfrent salement, les tables sont encombrées de restes de nourriture, d’emballages gras, de bouteilles de bière qu’ils tètent au goulot, les vides sont couchées par terre, entre les pieds. Nous sommes dans l’Amérique de Bush, celle qui fait peur, qui hait Obama, celle que nous détestons autant que nous aimons l’autre. Je ne connais pas un tel écart de civilisation, de telles différences culturelles en France. Ils ont du boulot pour se mettre au niveau. Nous arrivons à Greenwich, comblés, fatigués par le voyage et le Canon plein de baleines pixellisées.

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Jeudi 22 avril. Notre avion est à 16 heures. Comme d’habitude, Chantal consulte ses mails sur l’ordinateur de Martine avant de partir. Un courrier d’Air France nous avise que nos réservations sont annulées au prétexte que nous ne les avions pas confirmées, notre vol est reporté à dimanche. Aussitôt Chantal alerte ses amis à Paris qui se mettent en mouvement tandis que Martine, toujours aussi attentive à nous rendre le séjour agréable, nous conduit à l’aéroport où nous sommes bien décidés à partir. A midi et demi, une femme du service de presse de la compagnie me dit au téléphone de contacter une certaine Barbara Hynes qui doit nous arranger le coup. Les services d’Air France n’ouvrent qu’à deux heures. Personne aux guichets. Chantal, toujours aux aguets, tombe sur une employée et le nom de Barbara Hynes qu’elle prononce fait office de sésame. Marlène M. (c’est le nom affiché sur son badge) ne va plus nous lâcher et va s’occuper de nous. Elle ouvre un guichet d’enregistrement pour notre seul usage et à 13 heures 30 nous tend deux billets pour l’avion de 16 heures 40. Je l’embrasse. Ouf. Encore une fois, Chantal nous a tirés d’affaire. Tout au long de ce voyage où nous avons parcouru un continent de haut en bas et d’est en ouest, elle m’a servi de cicerone, traduisant ce que je ne comprenais pas c’est-à-dire à peu près tout, me montrant ce qui allait me plaire, masquant ce qui pouvait me déplaire, aplanissant les difficultés, approuvant mes désirs avant que je trouve à les exprimer et il est certain que je n’aurais pas autant aimé ce pays sans son regard et sa présence à mes côtés. L’avion atterrit. Il est six heures du matin à Paris.
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31/05/2010

Les homards du Cape Cod

Dimanche 18 avril. Nous projetons de remonter le long de la côte est, vers Boston. Philippe C., joint alors qu’il est toujours en France, nous prête sa voiture, une Lexus, très confortable, facile à conduire. Chantal programme le GPS et aussitôt la voix chaude de Georgette P-S. nous guide vers Mystic, l’étape que nous avons choisie pour notre première journée. Nous longeons la mer au plus près et nous arrêtons à Old Saybrook pour déjeuner. Le ciel joue avec des camaïeux de gris brossés de bleu, les mouettes coiffent les pieux en bois qui dépassent de l’eau, des pécheurs devisent en rembobinant leurs moulinets. L’endroit est superbe, serein, l’océan est de zinc, il clapote sur les pilotis du restaurant dont l’enseigne suit les contours d’un homard de néon. Dock & Dine. 53,40 dollars. Serveuse: Kristen. Please come again and have a nice day ! Une heure plus tard, nous franchissons le pont mobile sur la Mystic River et parcourons les rues du village à petite vitesse, à la recherche d’un B&B. On tombe sur une charmante maison coloniale, Mermaid Inn, surmontée d’un drapeau américain et tenue par Josephine Guamaccia, dont les origines italiennes se lisent sur le visage et le carrelage de salle de bains. Sous un ciel menaçant, on se promène à pied dans la rue principale avant de choisir un seafood assez semblable à celui du déjeuner, le S&P Oyster Co. Le vin est bon et le homard est à 30 dollars, taxes comprises. Dodo.

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Lundi 19 avril. Agréable petit-déjeuner à la table de notre hôtesse italo-américaine et visite-éclair au Mystic Seaport, the Museum of the Sea que nous abandonnons aussitôt pour lui préférer l’Aquarium. Chantal est fascinée par les baleines belugas, des miniatures de baleines, blanches comme du marbre de Carrare et très joueuses. Après avoir fait des guili-guili sur le dos des raies, très chatouilleuses, admiré la grenouille aux gants verts, médusé les méduses, montré les dents aux murènes, nous prenons la route de Newport, notre prochaine étape. Nous sommes à présent au Cape Cod, une presqu’île en forme de corne, très prisée des touristes en été, ce qui la rend infréquentable, paraît-il. Deux grands ponts nous permettent de franchir un bras de mer avant d’accéder à la ville. À cause de sa situation et de son climat, Newport a été choisi par la riche bourgeoisie new-yorkaise et bostonienne du XIXème siècle pour y construire de splendides résidences d’été notamment sur Bellevue Avenue, en bord de mer, des manors, des mansions où se donnaient des réceptions luxueuses au milieu de parcs immenses comptant aujourd’hui des arbres séculaires impressionnants de beauté. Ces manoirs sont restés des propriétés privées, certaines dans les mêmes familles depuis des générations. L’accès à la mer leur étant réservé, des grillages empêchent de l’approcher aussi faut-il quitter la ville pour bénéficier de sublimes plages, à perte de vue. Par endroits, la mer est noire d’oiseaux posés sur l’eau ce qui me fait penser qu’il ne fait pas bon être poisson à cet endroit. En déjeunant sur le port de plaisance, le nombre de touristes et la prétention des établissements nous décident à passer la nuit plus loin, c’est ainsi que nous parvenons à Hyannis. En longeant le port, nous tombons sur un motel bien placé, face à la mer, le Harbor Hôtel. We hope you enjoy your stay. Nous rangeons nos valises et partons faire une balade à pied. C’est calme. Nous sommes dans le fief des Kennedy, ils possèdent ici leur propriété de famille et c’est en y venant passer le week-end que l’avion que pilotait John-John, le fils du président, a sombré en mer, par mauvais temps. Pour noyer mon chagrin, pris un Jameson dans un pub irlandais, puis dîné dans un Seafood assez quelconque sur Main Street ce qui nous fait regretter un restaurant thaï que nous avions repéré.

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30/05/2010

Blue Smoke/Jazz Standard

Samedi 17 avril. Martine nous emmène dans un restaurant de poissons à Rowayton, au bord de l’eau. L’endroit est agréable, simple, on pourrait se croire dans une cabane du cap Ferret il y a un quart de siècle s'il n'y avait pas ce drapeau américain au-dessus. Quel besoin ont-ils d'en mettre partout, comme s'ils ne savaient pas qu'ils sont aux Etats-Unis ? Peut-on imaginer des drapeaux français flottant au-dessus des cabanes où on sert des moules de Bouchot ? Bon, chacun ses manies. Ensuite, malgré le temps maussade, nous faisons le tour de la plage de Greenwich, réservée à ses habitants. Martine doit montrer patte blanche devant la guérite de l’entrée. Je ne sais pas si les tricheurs sont flingués.

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En rentrant, nous préparons un petit bagage pour le voyage que nous avons décidé d’entreprendre pendant la rallonge que le volcan nous inflige. Comme nous émettons l’idée d’aller écouter du jazz en soirée, Martine nous commande un chauffeur particulier malgré nos protestations et nous réserve une table au Jazz Standard, dans Greenwich Village. Impossible de la raisonner. A l’heure dite, une Lincoln vient nous chercher et nous dépose sur la 27° rue, devant la boîte de jazz, où nous dînons. L’endroit est agréable, propre, rien à voir avec le “négligé” des boîtes de Chicago. Sur l’estrade, le trio de Don Byron. Il semble assez peu inspiré, ses solos de clarinette sont ennuyeux. Par contre, le batteur est un vétéran, Charli Persip. Il a accompagné Gillespie, Lee Morgan, Gil Evans, Zoot Sims, Gene Ammons, Sonny Rollins, Sonny Stitt et d’autres géants mais malheureusement Don Byron ne lui donne pas l’occasion d’exprimer son talent. En sortant, nous récupérons notre Lincoln et le chauffeur nous promène dans les illuminations de Times Square avant de rentrer. Je ne sais pas combien cette soirée a coûté à Martine, une vraie folie.

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29/05/2010

Au lit, Sondra Lee !

Vendredi 16 avril. Au saut du lit, la télévision nous apprend entre deux spots publicitaires qu’un volcan islandais au nom imprononçable ayant fait son intéressant il y a quelques jours, le trafic aérien du nord de l’Europe est fortement perturbé par le nuage de cendres qu’a engendré l’éruption. Aussitôt consulté sur internet, Air France nous rassure. Notre vol est maintenu. Le chauffeur de Martine nous dépose à J.F.Kennedy Airport et à peine sommes-nous dans le hall que nous prenons conscience de la situation. Tous les avions, y compris le nôtre, restent au sol. Nous faisons une queue interminable au comptoir d’Air France et plus d’une heure après, alors que circulent les rumeurs les plus pessimistes, un employé nous attribue du bout des lèvres deux places sur un vol pour le jeudi suivant, le 22. “Qu’est-ce qu’on fait, en attendant ?” demande Chantal, stupéfaite. “Ce que vous voulez,” répond le guichetier en appelant le suivant. Si vous avez des réclamations à faire, faites-le au volcan, pas à nous, voilà ce que ça voulait dire. Coup de fil à Martine pour l’informer de la situation. “Pas de problème, prenez un taxi, venez me rejoindre au bureau, on ira à la maison”, dit-elle en riant. Nous voilà revenus à notre point de départ, sur la 57e Avenue. A sept heures, Martine doit rejoindre des amies dans un restaurant italien. Je ne me ferai jamais avec cette habitude américaine de manger tôt. Chez moi, en Provence, on en est à l’apéro quand ils sont déjà au dessert. Le restaurant est inconfortable, bruyant, les serveurs nuls et les cuisiniers confondent sauce bolognaise et ketchup mais les amies de Martine sont folklos. Il y a celle qui est recouverte de bijoux anciens, des oreilles aux chevilles, et qui les vend. Elle n’a pas besoin de boutique, la marchandise est sur elle. Quand elle s’agite, elle cliquète. Il y a celle qui fait des vêtements, elle les porte aussi sur elle. Ils sont réversibles, elle en fait la démonstration. Et il y a Sondra Lee (ça ne sent pas le pseudo!), une petite bonne femme marrante sans cesse en mouvement qui vient d’écrire un livre de souvenirs sur ses amants. Marlon Brando, Jean-Pierre Aumont, Mouloudji ont partagé son lit. Plus un seul n’est vivant mais elle n’y est pour rien, précise-t-elle.

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21/05/2010

The World's Largest Jazz & Blues Shop

Mercredi 7 avril. Notre avion pour Vancouver est à 15 heures et quelques, 3 hrs PM comme disent les gens d’ici. Chantal profite de la matinée pour aller au Museum of Contemporary Art admirer des accumulations de vieux matelas et des pyramides de charbon surmontées d’un nounours en peluche, du moins c’est ce que j’imagine pouvoir trouver dans ce type d’endroit. Il est à noter que les voleurs n’embarquent jamais de pareilles oeuvres d’art, ils continuent bêtement de piquer des Picasso, des Giacometti, des Cezanne, c’est dire s’ils sont arriérés. Pendant ce temps, je me recroqueville dans un taxi et file au 27 East Illinois Street, l’adresse de Jazz Record Mart où s’entassent des milliers de disques, 78 tours, vinyls, CD, etc. World’s Largest Jazz & Blues Shop. J’achète deux vieux Jay McKay, un Illinois Jacquet, un Big Mama Thornton, un Big Bill Broonzy (Rockin’ in Chicago), un Gerry Mulligan que je ne connaissais pas, deux calendriers avec des illustrations de Crumb et plein d’autres merveilles pour la somme de 145 dollars.

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Je reviens à l’hôtel avant Chantal, j’en profite pour consulter mes mails sur un des ordinateurs mis à la disposition des clients. Rien d’intéressant, des invitations pour des foires aux écrivains-bestiaux où je n’irai pas. Chantal revient du musée, enchantée. Bagages. Taxi. Aéroport. Enregistrement. Sécurité. Une policière détache ma carte verte de mon passeport. Vrooom. Décollage. Cinq heures et quelques plus tard, l’avion atterrit, les hublots noyés de pluie. Welcome to Vancouver, British Columbia. Les panneaux sont bilingues, anglais et chinois. Doris et Edouard D., nos amis canadiens qui nous reçoivent habitent un appartement au 26ème étage d’un immeuble situé à Cardero Street, angle Georgia Street. Dans ce type d’immeuble, un studio est réservé pour les invités des copropriétaires, compris dans les charges communes. Doris l’avait retenu à partir d’aujourd’hui. Le taxi nous y dépose sous une pluie battante et une surprise nous attend dans notre chambre, une gentille carte de bienvenue, deux parapluies aux armes de Vancouver, une casquette aux mêmes armes (que je porte), un paquet de douceurs. L’attention est d’autant plus charmante qu’ils sont arrivés chez eux depuis moins d’une heure, après un long voyage en Indonésie. Ils nous accueillent et nous emmènent dans un restaurant proche de notre nouveau domicile, sous des trombes d’eau. On nous avait prévenus que cette ville avait l’indice de pluviométrie le plus élevé au monde mais avec notre optimisme légendaire nous pensions passer entre les gouttes, eh bien c’est raté, et bien raté. Après un dîner réparateur accompagné d’un bon vin de Colombie Britannique, nous nous glissons dans le lit en se demandant comment survivre quatre jours sous un pareil climat.

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19/05/2010

Hold it fellas !

Mardi 6 avril. En direction du métro aérien nous traversons un petit quartier français réunissant l'alliance française, un restaurant, une librairie avec livres et magazines. La libraire est antipathique et ne parle pas un mot de français, ce qui surprend pour quelqu'un susceptible de vous dégoter le dernier Goncourt sur une étagère. Nous achetons Paris-Match pour avoir des nouvelles du pays et nous sommes soulagés d'apprendre que Michel Drucker est heureux en ménage. Après cette bonne nouvelle, le métro nous conduit dans un faubourg éloigné du centre, Oak Park. A l'heure du déjeuner, on s'installe au Winberie's. Décor de brasserie avec de nombreuses affiches françaises de la première moitié du vingtième siècle vantant principalement les mérites d'un vin, d'un apéritif, d'une liqueur, d'un papier à rouler les cigarettes. Ces affiches ont l'air d'être très appréciées, on les a vues partout au cours de notre périple. Si vous en avez une dans un coin du grenier, sortez-la, prenez-la sous le bras et venez la vendre ici si vous avez le sens des affaires. A Oak Park, les trottoirs sont assez larges pour laisser passer une équipe de foot de front, les rues sont ombragées, bordées de riches villas de ce style victorien exhubérant qu'apprécient les fantômes et les chauve-souris. C'est le domaine de Frank Lloyd Wright, un des grands architectes de Chicago. Si ses villas me terrifient par leur aspect gothico-hanté, son église est un exemple de modernité, avec de beaux volumes, de beaux matériaux et des lignes pures. On n'y sent pas la présence de Dieu, ni des saintes, ni des saints, ce qui la rend sympathique à mes yeux, voire habitable. J'y verrai facilement un D.J. si, à peu de frais, on venait à la transformer en night-club. L'acoustique étant particulièrement bonne, le lieu se prêterait aussi à la lecture d'un des romans de Chantal. Je la vois bien y déclamant les vers de "Chairs amies", d'ailleurs elle ne résiste pas à la tentation de monter en chaire.

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Le soir, après avoir dîné dans un restaurant dont la serveuse est française, nous retournons au Buddy Guy's Legends. Au programme, Joel Paterson & The Modern Sounds. Genial, sympa. Hold it fellas !

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13/02/2010

CHRONIQUES DU BUS 84.

Parapluies, pépins et autres riflards.

Il pleut aujourd'hui sur Paris. Le bus 84 est rempli d'imperméables, de trench-coats, de cirés bretons et de toutes sortes de houppelandes. Les parapluies gouttent. L'eau ruisselle sur les chaussures, ce qui attriste le citoyen. C'est pourquoi monsieur Albert Devain, candidat écolo malheureux au Conseil Municipal de Nantes, ville réputée pour la constance de ses pluies, nous fait part dans son récent ouvrage d'une idée intéressante par sa simplicité (De la crise et de ses conséquences sur la baleine du parapluie. Grasset). Le parapluie en forme de dôme, tel que nous le connaissons dans nos sociétés civilisées, abrite le citoyen de façon efficace mais possède l'inconvénient de faire glisser l'eau de pluie le long de ses pentes et par là-même, de la gâcher. Si, au contraire, le parapluie s'ouvrait à l'envers, sa coupe tournée vers les nuages gonflés de l'eau du ciel comme le propose monsieur Albert Devain (que ses opposants surnomment le vert Devain, ce qui est malveillant à son égard puisqu'il ne boit que du muscadet), le citoyen se garderait au sec tandis qu'une précieuse eau de pluie serait ainsi récoltée. Parvenu chez lui, le citoyen viderait son pépin dans une citerne disposée dans l'entrée et cette eau gratuite et abondante lui ferait faire une telle économie qu'elle suffirait à renforcer son pouvoir d'achat et dominer la crise que nous traversons. On s'étonne que les Nantaises et les Nantais n'aient pas accordé leurs suffrages à cet homme de valeur.

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CHRONIQUES DU BUS 84.

Il est monté à l'arrêt Saint-Augustin, sur la place qui doit son nom à l'église la plus laide de Paris avec en façade, comme des dents carriées dans une mâchoire de vieillard, les statuettes de Jesus et de ses douze apôtres corrodées par les fientes et la pollution, le tout sous une rosace qui fait penser à un cul de poule. A chaque seconde, on s'attend à une défécation. Devant tant d'horreur accumulée, on ne peut que remarquer combien son architecte, monsieur Victor Baltard, créateur des pavillons des Halles, était plus inspiré par le ventre de Paris que par l'âme de ses habitants.

Il est monté à l'arrêt Saint-Augustin et s'est assis en face de moi, écharpe de laine noire disposée sur les épaules comme une étole, chemise noire, crucifix noir sur la poitrine, veste noire sous un long manteau noir et il a serré son parapluie noir entre ses genoux, les mains gantées de noir réunies sur le pommeau. Le visage est pâle, les cheveux noirs sont rasés sur les tempes et sur la nuque, coupés en brosse raide sur le dessus du crâne, comme le sont les militaires de carrière et les nazillons perdus dans l'Histoire. Il doit avoir vingt-cinq ans, il se tient droit sur son siège, les fesses serrées comme s'il regrettait d'avoir à poser son cul là où d'autres l'ont fait. Par la fenêtre du bus qui reprend de la vitesse, il suit comme à regret la statue équestre de Jeanne d'Arc jusqu'à sa complète disparition. Alors seulement il se résigne à regarder devant lui. Il me voit et se détourne aussitôt.

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