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  • Vox Populi, Bordel Dei.

     

    Tito Topin, comme Bourdieu ou John Le Carré, fait partie de ces auteurs qui, à rebours d'une évolution qu'on avait fini par considérer comme inévitable, s'abstiennent de se droitiser en vieillissant et choisissent plutôt de s'enrager davantage contre le monde tel qu'il va. Depuis que la machine à cash de l'inspecteur Navarro a été rangée au garage des rediffusions, Tito a retrouvé le temps de nous livrer ces polars qui, dans les années 80, nous avaient mis l'eau à la bouche. Désormais, son oeuvre continue en suivant deux filons. Celui des années de la décolonisation marocaine, qui sont aussi celles de sa jeunesse: âpre poésie, violences racistes, sensualité, absurdités meurtrières des affrontements, jeunesse rêvant de jazz et d'Amérique, portraits d'enfants et de femme, c'est la partie de son oeuvre sans doute la plus personnelle, qui a notre préférence. Mais cela ne diminue pas les mérites de l'autre, celle où il décrit la déliquescence du monde contemporain. Humour noirâtre, métaphore osées, le copain-complice de Jean Yanne sait nous faire rigoler jaune mais c'est aussi un maniganceur d'intrigues hors pair : coïncidences malheureuses, bifurcations inattendues, eau de boudin, le récit ne cesse de nous surprendre tout en nous laissant le temps de nous attacher aux personnages: dans Métamorphose des cendres, le commissaire ripoux et sa femme cancéreuse ne sont pas piqués des hannetons. Comme en plus ça se passe dans un futur proche qui ressemble beaucoup à notre présent (ici, fuites nucléaires, manifestations d'un mouvement appelé Vox Populi, Bordel Dei, retenons le sigle, la trouvaille pourra toujours servir…) et comme Tito ignore la moraline, on retrouve ce plaisir sans égal, plaisir enfantin qui nous accompagnera jusqu'à la fin : tourner la page, jusqu'à la dernière. (Serge Quadruppani)