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  • SUITE MAROCAINE


    J'ai beaucoup écrit sur ma ville, Casablanca, et particulièrement sur la période trouble des années d'indépendance, propice à des excès de comportement comme à des bouleversements rapides, des livres qui sont aujourd'hui épuisés.D'un commun accord, les droits d'édition m'ont été restitués et j'ai rassemblé ces textes dans cet ouvrage : Suite Marocaine.

    Leur choix a été dicté par une règle, celle des trois unités. Unité de temps, la fin des années cinquante. Unité de lieu, le Maroc. Unité d'action, le polar.

    Trois romans (55 de fièvre, Piano Barjo, Angelina B.).

    Trois nouvelles (Le chèque, Polaroïd, Une fille, une bouteille).

    Trois récits autobiographiques (Le jinome de Casablanca, Une femme d'une étourdissante beauté et Cargos, rafiots, tramps et autres patouillards des mers), réunis en un seul volume.

  • TOUT LE MONDE, ETC.

    img296.jpgLe dernier Tito Topin : "Tout le monde il est beau, tout le monde il est Jean Yanne", évoque sa rencontre et son amitié avec Jean Yanne. Bouquin majuscule au format minuscule (38 pages), que j'ai dégusté entre midi moins le kir et une heure Ricard. Toute la gouaille d'un Sancho sachant penser à son éternel Don Qui-choque. Un don du fiel ! (Bob Garcia. Facebook. 18.4.12)

  • BAISSE LA TÊTE, T'AURAS L'AIR D'UN COUREUR...

    Baisse la tête,.jpg

    J'aime l'élection présidentielle, je n'en rate aucune. Je regrette qu'il n'y en ai pas tous les ans, et de préférence en été, en période de vacances, de sorte que je pourrais suivre les déplacements de mon favori, au bord de la route, l'accompagner le plus longtemps possible en courant près de sa vitre ouverte, agitant un drapeau, criant des encouragements, lui balançant de la flotte pour le rafraîchir. C'est que je ne peux pas m'empêcher de comparer une élection avec le tour de France. Les concurrents doivent supporter les conditions climatiques les plus rudes, la pluie, la neige, la canicule, aller de ville en ville, de Mercure en Ibis, de choucroute en poulet basquaise, dire à chaque étape combien ils ressentent les souffrances des Françaises-Français, à quel point ils les aiment. Ce sont les Géants de la Route ! Ils affrontent des routes défoncées, des vents contraires, des raidillons, des cols, des supporters hystériques, des gastro-entérites. Ils vivent des drames, des chutes, des crevaisons, des abandons. Tout le monde garde en mémoire cet équipier de l'équipe des Verts en pleurs sur le bas-côté d'une montée à 2 % montrant sa roue cassée aux concurrents qui passaient sans un regard pour ses genoux en sang. Il donnait de la voix, il criait "Mes 2 % contre un vélo !", personne ne l'écoutait.

    En voyant rouler Sarkozy (maillot Bouygues), dernier vainqueur du tour, je pense à Jean Robic, sans doute le coureur le plus hargneux qui fut. Musculeux, râblé, petit, grimaçant, mâchoires serrées, il pédalait en force sur un grand braquet, grimpait les cols par à-coups, multipliait les accélérations sans se soucier d'aucune tactique. Ses petites jambes l'obligeaient à se dandiner de chaque côté de la selle pour attraper les pédales, de sorte que lorsqu'il descendait de vélo, il marchait avec les jambes en arc-de-triomphe à cause des furoncles qu'il avait chopés pendant la course. Ses équipiers, en qui il n'avait aucune confiance, étaient des suceurs de roues, disait-il, prêts à profiter de la moindre défaillance pour l'abandonner, tels Coppi et Fignon. Il préférait négocier avec l'équipe bleu marine.

    Vas-y, Sarko, baisse la tête, t'auras l'air d'un coureur ! hurle ma voisine, celle qui a une caravane-double-essieux et un mec bâti pareil. Il bouffe du bitume, il avale du goudron, ajoute-t-elle, c'est un Kärcher monté sur un vélo, il doit prendre du pot belge. Je réponds qu'à mon avis, il n'en a pas besoin, il est tombé dans le pot quand il était tout petit. C'est fou comme une élection favorise les contacts.

    Un cri jaillit dans les voitures des suiveurs. Un concurrent a chuté, nous apprend-on. Il a foncé dans le mur, en plein centre. Ses équipiers l'ont remis en selle, il est reparti dans l'autre sens, groggy. On l'a monté de force dans la voiture-balai en lui faisant jurer qu'il retournerait à son tracteur. C'était son troisième tour.

    Un point noir grandit rapidement, précédé d'une horde de motards de presse. C'est lui, c'est Hollande (maillot rose), s'écrie la foule. Il donne l'impression d'être plus facile, de mouliner à l'aise, pour un peu on l'entendrait siffloter. On le donnait perdant contre la montre, il s'avère excellent sur la longueur, on ne misait pas deux ronds sur lui dans la montagne, il passe les cols en roue libre, on le croyait mou, il durcit la course. Quand je le vois pédaler, je pense à Bernard Hinault, un autre fend-la-bise, un champion populaire et courageux dans ses convictions, souvent qualifié de meneur pour avoir défendu les intérêts de ses compagnons. Résultat : son équipe est homogène. Elle contrôle le peloton, ses "porteurs d'eau" sont des ouvriers consciencieux, compétents, entièrement dévoués à son service. "C'est le capitaine des pédalos", comme dit l'un d'eux avec admiration, celui-là même qui lui prépare les sprints à l'arrivée, en bon stratège.

    Vas-y, François, t'as quatre points d'avance ! gueule ma voisine en battant des mains et sautillant sur place quand il passe devant nous. Je n'y tiens plus, je m'élance, je cours à la hauteur de sa portière, je crie mes encouragements, je crie mon enthousiasme, je l'assure de mon amour pour la Corrèze et le milhassou lorsqu'un conseiller municipal tire brusquement le rideau en m'expliquant que je n'ai pas le droit de faire du raffut dans l'isoloir.

     Tito Topin