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27/05/2010

Sacrée Queen Lil's...

Lundi 12 avril. Le Musée d’Art Moderne est fermé le lundi. Nous nous rabattons sur la Maison du Jazz. Belle idée, il y a une salle de concert où est annoncé Léonard Cohen, un restaurant, une boutique. Le Canada a vu naître beaucoup de musiciens de jazz, surtout des blancs à l’exception de quelques-uns dont le plus grand est Oscar Peterson. Tous sont descendus faire carrière aux États-Unis, à deux pas. Georgie Auld (joué par Robert De Niro dans New York, New York de Scorsese), Maynard Ferguson, Gil Evans, Diana Krall, Terez Moncalm, etc. Nous ne verrons ni Léonard Cohen ni rien d ‘autre, c’est fermé le lundi. Chantal en profite pour me montrer les quartiers qu’elle a aimés, le square Saint-Louis avec ses maisons victoriennes peintes de couleurs vives, l’immeuble où elle a vécu pendant son séjour, les rues avoisinantes où elle faisait des lectures de ses romans. Je la sens émue. À midi, déjeuner d’un boudin aux pommes et suite de notre déambulation dans les rues de Montréal. En confidence, j’avoue avoir beaucoup de mal avec l’accent québécois. Ils se vantent de parler un français du XVIème siècle alors qu’ils baragouinent un charabia francoyankee qu’ils pimentent d’un accent tonique en déformant les voyelles. Je me demande s’il ne serait pas plus judicieux pour eux de parler anglais et d’ailleurs tous ceux qui travaillent ou qui sont tenus d’avancer dans la vie, le parlent. Il faut reconnaître cependant que leur accent colle bien avec cette spontanéité enthousiaste qui les rend parfois plus expansifs que des Provençaux. À cinq heures, comme prévu, nous retrouvons à l’hôtel de vieux amis québécois de Chantal, Jean-François et Yolande R. On embarque dans leur voiture et au bout d’une heure et quelques de routes assez monotones à travers les cantons de l’Est, nous parvenons chez eux, à Frelighsburg, sur la frontière américaine. Le froid tombe sur nos épaules comme le burnous sur le bédouin.

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Mardi 13 avril. Yolande et Jean-François sont propriétaires d’une maison en bois, récemment achetée. Peints, les volets rappellent l’Autriche, une fantaisie picturale du précédent propriétaire. Lors de l’indépendance américaine, beaucoup d’Anglais ou de fidèles à la couronne ont traversé la frontière pour se réfugier au Canada qui était resté dans le sein de l’Union Jack. Leurs descendants sont toujours appelés les loyalistes. C’est sûrement un des leurs, d’origine tyrolienne, qui s’est coiffé d’un chapeau pointu à plumes et a peint les volets en jodlant avec la gaieté qui caractérise ces peuplades montagnardes. Les maisons voisines sont espacées, sans ordonnance, les unes regardant la route, certaines lui tournant le dos, les autres de travers. La leur est grande, confortable avec une impressionnante cheminée et une petite véranda, posée sur un terrain bordé par une rivière polluée. On se demande pourquoi, alors qu’on est en pleine nature. L’eau du robinet non plus n’est pas buvable, on lave la salade, on boit, on rince les verres avec de l’eau en bonbonne.
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Yolande n’est là que le week-end, elle travaille à Montréal. Jean-François est luthier, il fabrique des flûtes traversières dans des essences recherchées qu’il tourne lui-même sur son tour à bois, dans son atelier. Ils nous emmènent en voiture visiter les environs. Contrairement à Vancouver, la nature n’est pas encore réveillée, elle n’a pas pris les couleurs du printemps. En l’observant, je me demande si elle le fera un jour. Nous nous arrêtons au Clos Saragnat, une ferme dont la spécialité est le vin de glace. Brrr. Le raisin est vendangé en octobre, après les gelées, et mis à sécher jusqu’en mars de l’année suivante avant d’en faire du vin. Je n’en boirais pas tous les jours, peut-être à la Noël, devant un feu de cheminée, coiffé d’un bonnet d’astrakan et emmitouflé dans une pelisse en peau de grizzly. Nous déjeunons au bord d’un lac, dans une auberge. Comme aux États-Unis, les auberges ne sont pas les pieds dans l’eau mais en retrait, de l’autre côté de la route. La forêt est nue, la lumière passe au travers et je ressens cette sensation d’espace qui est attrayante parce qu’offrant tous les possibles et angoissante à la fois pour qui est né en ville, à cinq minutes d’un cinéma et d’un distributeur de billets. Nous nous arrêtons à Sutton pour poster des cartes. C’est une base de départ pour des sports d’hiver, il y a une énorme boutique de vin avec un parking à sa mesure. Jean-François m’apprend qu’au Québec le vin est affaire d’état, les boutiques sont gouvernementales et les employés des fonctionnaires ce qui me pousse à faire des provisions de peur qu’ils se mettent en grève comme le font nos fonctionnaires. J’achète un Niebaum Coppola de Californie et comme toute un mur est réservé aux vins italiens, je choisis un Cannonau de Sardaigne dont j’ai déjà fait la connaissance à Alghero. De retour à Frelighsburg, je lis dans un ouvrage sérieux que Queen Lil’ avait choisi cet endroit pour installer son célèbre bordel et débit de boissons, le “Palace of Sin”, au printemps 1911, à cheval sur la frontière du Maine, état américain ayant adopté la Prohibition dès le début du siècle. L’arme au poing, croulant sous de riches fourrures, elle opérait en Willy’s Knight Sedan, le coffre rempli d’alcool frelaté distillé au Canada. Après quelques ennuis réglés à coups de pétard, elle se retira des affaires à la fin de la Prohibition, en 1933, s’offrit une Lincoln Sedan 12 cylindres et mourut richissime en 1941. Si j’étais venu plus tôt dans la région, j’aurais aimé trinquer avec elle, sacrée Queen Lil’.
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