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Un boeuf à Chicago

 

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Lundi 5 avril. Lundi de Pâques. Flâneries en ville. Retour à l'Art Institute of Chicago, il faut bien deux jours pour en faire le tour et on y expose Matisse. Vous le savez, je ne suis pas fan des musées. Faire la queue plusieurs heures pour être autorisé à piétiner devant les toiles de maître, merci, je préfère les admirer dans les beaux livres (je me souviens des Skira de ma jeunesse), les reproductions y sont parfaites, les tableaux débarrassés d'encadrements le plus souvent hideux et il n'y a personne pour me pousser dans le dos ou pour faire des remarques à voix haute sur la tendance alcoolique de l'artiste. Mais ici, les salles sont vastes et claires, il n'y a pas beaucoup de monde et les cafétérias sont agréables. Ce qui nous pousse à retourner déjeuner au Terzo Piano d'une Mizuna Salad et d'un Chicken accompagnés d'une eau minérale, d'une bonne bière et d'un espresso pour la somme de 57,99 dollars. Comme la veille, la soubrette est noire, elle porte un gilet, une cravate et celle-ci s'appelle Suzan. L'après-midi, nos pas nous amènent devant une librairie, la Borders Books Music and Café. J'aime contempler les livres étrangers, flâner dans les allées, piocher sur les étagères, je le fais dans chaque pays. Je savais déjà les auteurs français de thrillers inspirés par leurs collègues américains, mais il est affligeant de voir les éditeurs copier sans vergogne leurs couvertures. Format, lettrage, couleurs, tout est identique. La moitié d'un étage est consacré à une cafétéria confortable où on peut s'asseoir, boire, travailler, consulter un livre, l'acheter ou le remettre à sa place. Nos libraires devraient en prendre exemple au moment où leur survie est à l'ordre du jour. Après une halte à l'Intercontinental où je me fais mon intraveineuse quotidienne de whisky irlandais, nous décidons de monter sur la John Hancock Tower. De l'extérieur, elle donne l'impression d'avoir été emballée, ficelée avec de solides croisillons de fer. Ces renforcements lui permettent de ne pas trop bouger et de rester droite malgré les vents violents de la région. La tour compte cent étages, fait 344 mètres de haut, la flèche de l'antenne culmine à 457 mètres mais elle n'est que le quatrième building de Chicago. Devant un autre Jameson (10 dollars), nous voyons au-dessous de nous s'allumer peu à peu les artères de la ville. Les lumières s'écoulent vers le lac, les feux arrière tracent des néons rouges, les façades de verre et d'acier se dorent de la dernière lueur du jour. Sublime sensation de puissance, un verre à la main. Revenus au niveau du sol, nous cherchons sur la Michigan Avenue un restaurant chinois que le guide recommande mais il a disparu, lui et son building, et nous optons pour un restaurant proche de nous, sur Erie Street, le Lawry's. Sans le vouloir, nous sommes entrés dans le Temple de la Viande de Boeuf.

 

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Elle cuit dans une sorte de rôtissoire à roulettes qui se balade dans la salle, découpée devant chaque table par un petit bonhomme en toque. Du beurre. La soubrette est noire, elle a une paire de fesses imposante, une coiffe blanche en forme d'éventail, un col et un tablier rond et elle s'appelle Charlene. Après dîner, nous allons écouter le Guy King Organ Trio au Andy's. King est un guitariste blanc coiffé afro, ce qui ne l'avantage pas vraiment. Comme beaucoup de guitaristes, il est juché sur un haut tabouret et se balance d'avant en arrière en serrant les dents et en fermant les yeux. Sa musique balance moins. L'organiste fait de son mieux pour swinguer et la soirée aurait été banale si un autre musicien, âgé, noir et aveugle, n'était venu se mettre à l'orgue à la place du premier et propulser le blues au niveau de la John Hancock Tower.

 

 

 

 

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