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16/05/2010

Chicago, Al Capone et consorts.

 

Vendredi 2 avril. Après une journée de farniente, nous allons à Carrboro dîner dans un chinois. C'est le restaurant le plus chic du comté. Bruyant, éclairage cru, il ressemble à un snack roumain du temps de Ceausescu mais ce qu'on y mange n'est pas mauvais. La conversation tourne autour du doggy-bag. Je déteste cette coutume typiquement américaine d'emporter chez soi ce qui reste dans son assiette. Imaginez : vous invitez un couple de Texans à dîner chez vous. Ils sont sympathiques, parlent un français correct, ils votent Bush, ils soutiennent le KKK, ils financent la National Rifle Association pour le libre commerce des armes à feu, ils apprécient votre cuisine, ils vous complimentent sur votre boeuf Strogonof, ils n'en ont jamais mangé d'aussi bon et vous demandent un doggy-bag en partant. Vous les réinvitez ?

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Samedi 3 avril. Levés avant le jour. Notre avion pour Chicago est à 9 heures mais l'aéroport de Raleigh-Durham est à une trentaine de kilomètres et il nous faut rendre la voiture de location. Vol sans histoire, cahoteux vers l'arrivée. Au onzième étage de l'hôtel, notre chambre a une vue dégagée sur le John Hancock et les buildings de Wabash Street. Difficile d'être mieux situés, nous sommes à un bloc de la Michigan Avenue. Après avoir défait nos valises, rangé nos affaires, trié le linge sale, nous descendons déjeuner au Café des Architectes, au rez-de-chaussée de l'hôtel, afin de ne pas nous jeter le ventre vide dans la cité. Salmon salad pour Chantal, beef carpaccio for me. La soubrette s'appelle Hilda, elle parle français. A partir de là, une priorité s'impose. Je ne sais pas si vous avez souvent l'occasion de voyager comme nous le faisons, c'est à dire en changeant constamment d'endroits, marchant énormément, passant du chaud au froid, du nord au sud et du sud au nord, se vêtant ou se dévêtant selon la température, en nage ou frissonnant de froid, mais si vous le faites vous êtes en mesure de comprendre pourquoi il nous faut d'urgence trouver un grand magasin avec un rayon de sous-vêtements pour hommes : l'élastique de mes slips m'échauffe l'entre-jambes au point qu'on pourrait y frire un oeuf même si je dois convenir que la chose n'est pas recommandable, ni pour l'oeuf ni pour moi. L'exemple est sans doute mal choisi mais c'est le premier qui me vient à l'esprit. Le Bloomingdale's nous ouvre grand ses portes. Chantal me choisit trois boxers, moulants, seyants, dont un bleu couleur ciel à 13 dollars 12, c'est vous dire mon bonheur. Thank you for shopping at Bloomingdale's. Ma vie est changée et pendant les quatre jours que va durer notre séjour nous allons avoir un véritable coup de coeur pour Chicago, sans doute la plus belle ville au monde d'un point de vue architectural, tant pour la modernité de ses gratte-ciel que pour les vestiges de son passé industriel. Paradoxalement, la chance de cette ville a été sa destruction par un incendie, en 1871. Il permit à des architectes inspirés de repenser l'urbanisme et d'édifier un plan de reconstruction, le code Burnham. Il y a des vieilles villes, de par le monde, qui mériteraient qu'on y foute le feu pour les soumettre à une cure de rajeunissement. Un lifting urbain, en quelque sorte. On prend le métro aérien, on découvre le Loop, le South Loop, le Magnificent Mile le long de la Michigan Avenue qu'on descend jusqu'à la Chicago River en s'arrêtant de temps en temps dans des bars d'hôtel comme l'Intercontinental pour se reposer, on visite une exposition sur Audubon - une star en Amérique alors qu'ignoré en France -, on embarque sur un riverboat pour un Combined Lake and River Tour qui nous permet d'admirer du fleuve et du lac les splendeurs architecturales de la ville, signatures de grands créateurs. Par contre, les gangsters n'ont laissé aucune trace de leur passage. Je n'ai pas retrouvé le cinéma devant lequel a été abattu Dillinger, le garage où a eu lieu le massacre de la Saint-Valentin. Il est regrettable de ne voir aucune statue d'Al Capone, ni d'ailleurs d'Elliot Ness, qui ont fait davantage pour la réputation de sa ville qu'un quelconque syndicat d'initiatives. A la même époque, c'est à dire au temps de la grande récession, les joueurs de jazz au chômage remontaient vers le nord en suivant le cours du Mississipi, s'y installaient et faisaient de Chicago la capitale du blues en échangeant leurs banjos contre des guitares électriques. C'est ainsi qu'à 9 heures 30, malgré la fatigue du voyage, notre réveil à l'aube, les grandes balades de l'après-midi, nous allons prendre un verre au Buddy Guy's Legends. Le temple du blues chicagoan. Imaginez des ventilateurs au plafond, un bar, une salle moyenne prolongée par quatre billards américains, des portraits de jazzmen aux murs, des tables agencées un peu n'importe comment sur lesquelles on peut manger ou simplement boire un verre. L'entrée est de 10 dollars en semaine, 15 le samedi soir. La salle est pleine quand nous arrivons. Une femme black nous fait une place à sa table. Sur scène, "Killer" Ray Allison martyrise sa guitare en s'efforçant d'avaler le micro. Un rythme, une énergie incroyables mais nous sommes trop épuisés pour assister au spectacle suivant. Les jambes molles, la tête lourde, on s'enfourne dans un taxi et on lui jette l'adresse de l'hôtel. Dodo.

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