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13/02/2010

CHRONIQUES DU BUS 84.

Parapluies, pépins et autres riflards.

Il pleut aujourd'hui sur Paris. Le bus 84 est rempli d'imperméables, de trench-coats, de cirés bretons et de toutes sortes de houppelandes. Les parapluies gouttent. L'eau ruisselle sur les chaussures, ce qui attriste le citoyen. C'est pourquoi monsieur Albert Devain, candidat écolo malheureux au Conseil Municipal de Nantes, ville réputée pour la constance de ses pluies, nous fait part dans son récent ouvrage d'une idée intéressante par sa simplicité (De la crise et de ses conséquences sur la baleine du parapluie. Grasset). Le parapluie en forme de dôme, tel que nous le connaissons dans nos sociétés civilisées, abrite le citoyen de façon efficace mais possède l'inconvénient de faire glisser l'eau de pluie le long de ses pentes et par là-même, de la gâcher. Si, au contraire, le parapluie s'ouvrait à l'envers, sa coupe tournée vers les nuages gonflés de l'eau du ciel comme le propose monsieur Albert Devain (que ses opposants surnomment le vert Devain, ce qui est malveillant à son égard puisqu'il ne boit que du muscadet), le citoyen se garderait au sec tandis qu'une précieuse eau de pluie serait ainsi récoltée. Parvenu chez lui, le citoyen viderait son pépin dans une citerne disposée dans l'entrée et cette eau gratuite et abondante lui ferait faire une telle économie qu'elle suffirait à renforcer son pouvoir d'achat et dominer la crise que nous traversons. On s'étonne que les Nantaises et les Nantais n'aient pas accordé leurs suffrages à cet homme de valeur.

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CHRONIQUES DU BUS 84.

Il est monté à l'arrêt Saint-Augustin, sur la place qui doit son nom à l'église la plus laide de Paris avec en façade, comme des dents carriées dans une mâchoire de vieillard, les statuettes de Jesus et de ses douze apôtres corrodées par les fientes et la pollution, le tout sous une rosace qui fait penser à un cul de poule. A chaque seconde, on s'attend à une défécation. Devant tant d'horreur accumulée, on ne peut que remarquer combien son architecte, monsieur Victor Baltard, créateur des pavillons des Halles, était plus inspiré par le ventre de Paris que par l'âme de ses habitants.

Il est monté à l'arrêt Saint-Augustin et s'est assis en face de moi, écharpe de laine noire disposée sur les épaules comme une étole, chemise noire, crucifix noir sur la poitrine, veste noire sous un long manteau noir et il a serré son parapluie noir entre ses genoux, les mains gantées de noir réunies sur le pommeau. Le visage est pâle, les cheveux noirs sont rasés sur les tempes et sur la nuque, coupés en brosse raide sur le dessus du crâne, comme le sont les militaires de carrière et les nazillons perdus dans l'Histoire. Il doit avoir vingt-cinq ans, il se tient droit sur son siège, les fesses serrées comme s'il regrettait d'avoir à poser son cul là où d'autres l'ont fait. Par la fenêtre du bus qui reprend de la vitesse, il suit comme à regret la statue équestre de Jeanne d'Arc jusqu'à sa complète disparition. Alors seulement il se résigne à regarder devant lui. Il me voit et se détourne aussitôt.

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