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  • L'HUÎTRE EST CREUSE !

    L'HUÎTRE EST CREUSE.

    Comme Obama et Hu Jintao, les duettistes écolos, je suis pour le réchauffement du climat. Franchement, vous avez entendu quelqu'un se plaindre du bel été qu'on a eu? Tant pis pour les pingouins, les harengs et les ours blancs, ils n'ont qu'à s'adapter. Est-ce qu'on ne s'adapte pas, nous? Demandez à Darwin. On n'a pas cessé de s'adapter. Et ces cassandres qui nous affirment dur comme fer que les océans vont monter de sept mètres ! Mais c'est pas assez ! J'en veux dix, moi! Avec dix mètres de plus, j'aurai la plage devant chez moi. Avec un parc à huîtres. Qui s'est préoccupé d'elles à Copenhague? Or les huîtres creuses sont victimes d'une mortalité exceptionnelle depuis deux ans. Est-ce le virus de la grippe, une épidémie de suicides provoquée par le harcèlement des oursins, un génocide conchyliphobe? Combien de rescapées auront les moyens de se réfugier dans nos assiettes? "On ne peut pas rester les bras croisés" dit un conchyliculteur. On aurait souhaité avoir l'avis des huîtres elles-mêmes, mais elles sont trop creuses, m'a-t-on rétorqué. Personnellement, je les préfère pleines.

    Ah, j’allais oublier… Ariel Sharon est toujours vivant.

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    HACHE UN NAIN!

    Chez moi, les cloches sonnent à la volée mais l’église est vide. Il y aurait du monde si au lieu de refiler de minuscules hosties aux communiants, les curés leur flanquaient des crèpes dans la tronche, voire des pizzas pour les paroisses les mieux équipées en four à bois.

    À la radio, c'est catho. Je coupe. À la télé, je subis la litanie des résultats sportifs entrecoupés d'interviews d'une intelligence à couper le souffle. Le sport serait-il notre identité nationale ? Dans ce cas, le métissage serait réussi, comme la grippe. Elle a été espagnole, aviaire, asiatique, elle a été mexicaine, porcine, H1N1 (prononcez "Hache un nain!"), grippe A, elle est aujourd'hui grippe bachelotte, demain grippe UMP. Du coup, le virus prend peur et en appelle à l'identité nationale.

     

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    PLOMBIER MOUSTACHU.

    Au Moyen-Âge, les gens ne fumaient pas, bouffaient bio et mouraient à 25 ans. Il faut s'en souvenir avant d'aller payer ses légumes plus cher sous prétexte qu'ils sont terreux. Monsieur Seize, le légume cacochyme du Vatican n'est pas bio, alors il béatifie son collègue Pie XII pour le remercier d'avoir laissé les Juifs prendre le train pour Auschwitz au nom de l'identité cathonationale. Pensez que si le TGV avait existé à l'époque, les Juifs ne seraient jamais arrivés en Pologne, les caténaires auraient gelé avec la neige et le froid. Brrrr. Déjà marre de l'hiver, je me prends à regretter le trou de la couche d'ozone. Les experts prédisaient que les rayons passeraient au travers et nous transformeraient en merguez. Qui l'a bouché ? Que ce héros méconnu lève le doigt ! Iris, ma petite fille de onze ans affirme que c'est Super Mario le Plombier Moustachu. Nom de Dieu, béatifions-le à la place de ce saligaud d’Impie XII !

     

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    C'EST MOCHE, UNE VACHE.

    Les publicités rivalisent d'ingéniosité pour m’obliger à de nouveaux achats. Pourtant, il n'est pas de nouvel objet que je ne possède déjà. La fourchette, par exemple. Depuis qu'on l'a inventée, on a créé des milliers, des millions de nouveaux modèles. Tous inutiles. Ma fourchette reste une fourchette. Il en va ainsi du tire-bouchon, du stylo à bille, des nains de jardin, des baskets et de ma poupée gonflable.

    La Suisse a fait la Une cette année. Les comptes secrets, Polanski, les fichiers piratés d'HSBC, les minarets. Rien ne serait arrivé si elle faisait partie de l'Europe, Bruxelles l'aurait grondée. Moi, à la place de Polanski, je me convertis à l'islam et je construis un minaret au-dessus de mon chalet. Mais qu'est-ce qu'ils ont contre les minarets ? Ce n’est pas plus moche qu'une vache. Et ça ne rumine que cinq fois par jour. Depuis que l'homme s'imagine que le Grand Barbu existe, des églises ont été transformées en mosquées au gré des conquêtes arabes et des mosquées en églises après la reconquista espagnole. En Suisse, les écolos pourraient opportunément transformer les minarets en éoliennes. On entendrait "Allah K'bar" chaque fois qu'on allumerait une lampe.

     

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    CHOLESTÉROCK.

    Il est belge, il chante souvent en anglais et il est résident helvétique. Comment est-il devenu notre identité nationale à lui tout seul au même titre que Tino Rossi, Charles Trenet, la baguette, le béret et la pince à vélo ? Mystère. Il lui en aura fallu, des efforts pour y arriver. Il a beaucoup yéyéyé, twisté, discoté, bluesé, rockanrollé, huilé ses hanches, graissé sa moto, optiqué ses lunettes 2000, sans cesser d’enchanter, sans cesser d'être sympathique parce que notre Johnny à nous, c'est du rock lipide, du lourd, du cholestérock pur jus, du rock de terroir et ça, ladies and gentlemen, ça ne s'exporte pas. On l'aime, on le garde pour nous. Si les Américains et les Russes veulent de la chanson française 0% de matière grasse, on leur envoie Mireille.

     

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    REJETONS.

    On a installé le conifère dans le salon. On lui a mis une étoile, des boules, une guirlande. Plus triste qu'un conifère enguirlandé, il n'y a pas. Ou alors, une bourgeoise de Neuilly le jour de la première communion de son filleul.

    Il y a plus de 2.000 ans naissait Jésus, entouré de l'affection d'un âne et d'une vache. Je trouve que ce n'est pas très respectueux d'appeler ainsi ses parents. À propos, encore une mère qui a tué son rejeton cette semaine. C'est elle qui l'a conçu, alors pourquoi lui faire un procès ? Qui nous dit qu'en grandissant, ce bébé n'allait pas devenir un serial-killer ou un homme politique, responsable de je ne sais combien de prostituées dépecées et de calamités sociales ? Si la maman de Jack l'Éventreur l'avait tout de suite fourré dans le congélateur, on l'aurait condamnée ? Si Marie avait jeté son bébé Jésus dans une poubelle à pédale, n’eut-elle pas évité son martyre ? Si on les appelle des rejetons, c'est qu'il y a une raison, tout de même.

     

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    CADAVRES AU BORD DE LA CRISE.

    Messe de minuit. Une déséquilibrée déséquilibre un pape. Un cardinal brandit son col du fémur et le casse. J’en perds mon équilibre.

    Nationalistes turcs, détrousseurs de cadavres, gang serbe à la recherche du trésor de Milosevic caché à Chypre, qui a volé le corps du chef d’état cypriote, mort en 2008 ? Les avantages à kidnapper un cadavre plutôt qu’un être vivant sont nombreux. Pas de résistance, économies de nourriture, aucun risque d’évasion, aucun frais de gardiennage, prison réduite à un coffre de voiture. Si le procédé se répand, hâtons-nous de rassembler tous nos présidents défunts, Thiers, Mac-Mahon, Coty, Pompidou, Mitterrand et les autres, dans un endroit facile à surveiller. Fleury-Merogis, par exemple. Chirac leur fera bien une petite place.

    La crise est derrière nous, entends-je. Balivernes, comme on dit dans les phylactères belges. La crise bancaire, oui, mais pas la crise sociale qu'elle a engendrée. Celle-ci sera terminée lorsqu'on aura résolu cette équation pourtant simple à comprendre : on a besoin de moins en moins d'ouvriers pour fabriquer de plus en plus de produits de consommation, d'où une pandémie de chômage. Or, il faut bien que quelqu'un achète les produits. Comment transformer un chômeur en consommateur ? Qui trouve la solution résout la crise. Je te passe le relais, Sarko. Réfléchis, pour une fois.

    Le docteur Seguev le confirme : « Ses yeux sont ouverts, il regarde la télé ». Fais gaffe, Netanyahou, il revient !

     

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  • Parfois, je me sens...

    Le messie, le temple et le commissaire

    Une fable sociale allègrement déjantée où religion et politique font, chacun 
à sa manière, des miracles

    Parfois je me sens comme un enfant sans mère.Parfois je.jpg

    On oublie parfois que l’auteur de Navarro est aussi et surtout un grand romancier. Raison de plus pour s’immerger dans ce bijou au titre emprunté à un gospel célèbre et douloureux. Il y est question de misère, de malheureux, délaissés par une société qui abandonne ses enfants et dans laquelle refleurissent bidonvilles et ghettos à côté de villes opulentes où s’exhibent morgue et richesse les plus insolentes. Une société où les misérables d’aujourd’hui s’étripent en attendant un signe du destin ou la venue de quelque nouveau messie qui rachèterait leur monde des péchés qu’ils n’ont pas commis. Justement le voilà, qui répond au nom sibyllin de Conseiller, et qui vient établir sur terre la Maison de la paix des cœurs, « un suppositoire de cinquante mètres de diamètre à la base terminé en ogive quarante-cinq mètres plus haut ». À la fois église, temple, mosquée et synagogue qui honorerait le dieu rassembleur des quinze religions. En quelques jours, le nouveau Jésus, qui a sorti de l’ornière une pécheresse rebaptisée Maria Bonita, va multiplier les miracles. Mais en ville on s’inquiète de ce perturbateur aux idées et aux moyens peu orthodoxes. Le commissaire Ballard, un nom évocateur, devra mettre de l’ordre, débarrasser la société de cette cour des miracles, ce camp de l’apocalypse où grouillent tous les rebuts de la société grisés par le message de leur nouveau gourou. Roman noir, récit de science-fiction, fable apocalyptique, le dernier roman de Topin est tout cela, mais il est surtout l’occasion d’un tour de force littéraire. Topin réussit, tout en abordant des thèmes on ne peut plus actuels, à mener tambour battant et d’une plume allègrement déjantée, un récit haut en couleur qui doit plus à François Rabelais et à Chester Himes qu’à ses confrères en écriture. Un régal  !

    Roger Martin