30.07.2008

Francis le Belge.

Il termine son demi avec un claquement de langue. Il prend son verre vide et se dirige vers la fontaine. Il est en short, les mollets sont gros, la chemisette serre sous les bras, il transpire, il est rouge, il est fier, c'est un homme qui s'est aventuré loin de chez lui, il a quitté l'autoroute et est parvenu jusqu'à Villedieu en traversant des contrées inconnues, des ronds-points inexplorés, il croit découvrir l'Amazone oui bien l'Afrique ou bien une île éloignée de toute civilisation. Il rince son verre et demande à quelqu'un du village si l'eau de la fontaine est potable. L'autre lui répond que oui alors il pose d'autres questions que je n'entends pas, sans doute veut-il savoir d'où elle provient, quel est son taux de calcaire, si elle est gratuite. L'autre lui répond mais je n'entends rien, cependant ses gestes sont rassurants. Le Belge hésite encore. Est-elle chlorée, n'est-elle pas contaminée par l'uranium récemment déversé dans le Rhône ? L'autre lui dit va te faire foutre, je le lis sur ses lèvres, je le vois à son attitude, son regard s'est durci. Le Belge insiste, il veut savoir si elle contient du magnésium, du cuivre, des granions d'argent, des sulfites, du calcium, du sodium, des frites. Va te faire foutre, répètent les lèvres, connard dit le regard. Le Belge se rassoit sans avoir rempli son verre de l'eau de la fontaine. Leur parle pas, Francis, c'est des brutes, lui dit sa femme en se grattant la cuisse.

23.07.2008

Villeneuve lez Avignon

Cette année encore Villeneuve lez Avignon se veut un festival de polar original.villeneuve_miles_hyman_2008.jpg
Il n'est qu'à voir la suberbe affiche de Miles Hyman pour ne pas douter de l'excellente organisation de Gilles Del Pappas et des choix graphiques de Jean-Claude Claeys
(tout le monde se souvient de ses couvertures de la regrettée collection Neo.)
Rendez-vous les 3, 4 et 5 octobre.

22.07.2008

Sablet, version 2008

Comme toujours, et malgré un temps capricieux, Sablet a été un succès. Parmi les "polars" : René Frégni, Roger Martin, Pierre Hanot, Gilles Del Pappas, Maurice Gouiran, Chantal Pelletier...
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Entre deux séances de signatures, Chantal Pelletier (Paradis Andalous, Noir Camera, Le chant du bouc) et moi photographiés par Alain Bériot (Que Dieu le bénisse pour cette bonne action).

Cher mademoiselle Leméniaz,

Vous voulez devenir scénariste, m’écrivez-vous. Voilà une belle preuve de volonté et d’inconséquence propres à votre jeunesse. Du moins, je vous imagine jeune à cause du mademoiselle dont vous avez précédé votre nom et parce qu’il me paraît aléatoire de vouloir devenir scénariste à l’âge de l’arthrite et de l’alzheimer pour des raisons que je vous laisse deviner.
Sachez, mademoiselle, que vous choisissez d’exercer un métier formidable entre tous, pratiqué par des gens de talent, très demandé par des gens qui n’en ont pas et qui, fait rarissime, vous encouragent à le faire. Ils vous admirent et vous le disent sans pudeur, ils vous envient, ils vous paient (chichement) pour le pratiquer considérant que vous avez un don particulier ou l’expérience nécessaire à ce travail, ils vous invitent dans les meilleurs restaurants à partager une salade de truffes et de pignons avec eux, ils vous font goûter des vins dont vous n’avez jamais soupçonné le prix.
Ce n’est qu’une fois le scénario terminé qu’il sera mauvais, exécrable, bon pour la poubelle. Voilà que ces gens qui avouaient n’avoir aucune compétence jusqu’alors s’avèrent critiques, rabaissent votre talent, réfutent tous vos arguments, geignent après les maigres avances qu’ils vous ont consenties. Sous prétexte que vous savez seulement écrire, vous ne savez pas faire un film. Et puisque vous ne savez pas faire un film, c’est donc que vous ne savez pas l’écrire. Logique implacable. Par chance, ils sont là pour vous apprendre.
Peu importe qu’ils soient compétents ou idiots, courtois ou odieux, peu importe qu’ils aient le Q.I. d’une friteuse électrique ou d’une pince à linge, ils sont les patrons et vous auriez dû le savoir en regardant de plus près la signature au bas de leur chèque. Vous vous trouverez alors devant trois options. Vous vous expatriez, vous passez un C.A.P de plombier-zingueur, ou vous les trouvez sympas, vous admettez que vous vous entendez bien avec eux (le talent s’accommode parfaitement de la lâcheté) et vous pliez l’échine à chaque remarque imbécile (elle peut vous être faite en réunion dans un bureau, lors d’un cocktail, ou par un coup de fil passé du Hilton de Kuala Lumpur). Vous perdez peu à peu les qualités qui avaient fait de vous une créatrice ou tout au moins une artisane talentueuse et vous vous faites complice de ces gens-là. Vous les aidez à modifier, asphyxier, écrêter, crétiniser, abêtir, aplatir, aplanir, avilir, enlaidir votre scénario de sorte qu’il puisse devenir un bon film à leurs yeux.
Le film est fait. Vous n’êtes pas invitée à la projection mais la rumeur vous parvient : de l’avis général vous avez écrit une hénaurme merde qui dépasse largement la contenance d’une fosse septique et malgré toutes les améliorations apportées par le réalisateur lors du tournage il n’a pu sauver l’entreprise. Votre téléphone cesse de sonner. Vous entamez une psychothérapie.
Le jour de la diffusion arrive, vous ne la signalez à personne de votre entourage pour ne pas être accablée de railleries. Le lendemain, coup de fil triomphant, c’est le meilleur score de l’année, vous croulez sous les félicitations. « Bravo, ma choute, je te l’avais dit, je ferai de toi la meilleure. »Vous raccrochez, il ne vous reste que deux solutions. Vous exigez un plus gros chèque pour le nouveau scénario qu’on ne manquera pas de vous arracher, ou bien vous vous jetez du haut d’une de ces admirables tours qui jalonnent le périphérique.
Je ne connais aucun scénariste qui ait opté pour cette ultime solution, c’est donc que le système est parfait. C’est pour toutes ces raisons que je vous engage, mademoiselle, à persévérer dans votre légitime désir de pratiquer notre beau métier.
Vous avez du talent, du style, votre lettre le prouve.
Regrets éternels.

14.05.2008

Photo Finish

Valentine et Christian atterrissent à Casablanca où ils n'avaient pas remis les pieds depuis quarante ans. Ils veulent retrouver la trace d'André, un homme qui a beaucoup compté dans leur vie. S'est-il vraiment donné la mort comme on l'a pensé à l'époque ? 1018179815.jpgC'est ce mystère que vont tenter de résoudre Valentine et Christian, en retournant sur les lieux de leur jeunesse, en renouant avec d'anciennes connaissances, en prenant des photos. Peu à peu se dessine en creux le portrait d'André, mais plus les souvenirs affluent, plus cet homme apparaît insaisissable et porteur de lourds secrets.
Voyage nostalgique dans le Maroc à la veille de l'indépendance, roman noir sur la mémoire, Photo-Finish est tout cela mais surtout, ce livre nous parle avec pudeur et émotion du crime commis par une société qui n'a pas su éviter le naufrage de sa jeunesse.

20.03.2008

Uniquement pour les fans.

Essai polar 9_2.jpg
Le costume est de Paul Smith, comme il se doit.
La chemise est un col Nehru de Hollington.
Les chaussures sont des mocassins de Tods.
Les lunettes viennent de Lafont.
La laisse de Pirate (le chien) est en chanvre véritable.
Le pistolet est une occasion de Nouchkia Roskoff (à utiliser avec modération).
La photo est de Claude Almodovar (Que Dieu le bénisse pour cette bonne action).

16.03.2008

Cool, Bentch !

2123873181.jpg"Les coups pleuvent, un homme debout gémit, une étudiante hurle en agitant ses dreadlocks. Deux femmes au bord d'un trottoir pleurent en se couvrant le visage, un ado cherche à s'enfuir, la tête en sang.
Isolé, Bentch vacille, il sent qu'il se passe quelque chose d'étrange, un changement dans les sons, il s'imagine que c'est son oreille qui n'entend plus ou qui entend mal, mais c'est autre chose. C'est une rupture, une pulsation qui se fige dans l'air, c'est le temps qui s'arrête, c'est la mort."

Cool, Bentch !, le dernier opus de la trilogie vient de paraître, après Bentch & Cie et Bentch Blues (Ed. Fayard).

29.02.2008

Shanghaï Skipper

330254379.jpg.2.jpgDans les veines de Skipper, marin déjanté reconverti en veilleur de nuit, c’est l’Orénoque qui coule à flots sur un tempo tumultueux… Pour Arnaud Lebras, PDG ripoux en rupture de ban, les rêves prennent la forme d’un matelas de dollars. Pour Marie-Lotte, sa revanche serait de claquer cette fortune dans des palaces exotiques… Robert, lui, se verrait bien calife à la place du calife. Quant à Betty, Pogna et les autres, seules la connerie et la rage animent ces allumés en perdition… Ainsi va le monde, absurde et tourmenté sauf que… Sauf que lorsque la furia de l'Orénoque se réveille, la vie prend alors des allures shakespeariennes !
C'est ce que vous pouvez lire sur la 4ème de couverture.
Editions Jigal.

17:39 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jigal