Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Blog-notes de Tito Topin

  • L'exil des mécréants (La Manufacture de Livres)

    -3.jpg

    Avec son nouveau roman, l'écrivain Tito Topin nous plonge dans une fiction d'anticipation politique, sociale et surtout religieuse. Sous l'impulsion de quelques pays symboliques et symptomatiques des grandes religions monothéistes (États-Unis, Israël, Arabie Saoudite...), il propose l'émergence de théocraties rigoureuses accompagnée d'une vaste chasse aux mécréants. Qu'importe que l'on soit catholique, juif ou musulman le temps que l'on ne sacrifie pas à l'athéisme ou à l'agnosticisme. Surtout, il montre l'inertie d'une population prompte à se découvrir une certaine piété pour mieux occulter ses problèmes dans une société où la peur du terrorisme s'accompagne d'une vie axée autour des nouvelles technologies. Dès le départ, le ton est donné avec un homme d'Église qui a été accusé par un journaliste de pédophilie. On retrouve ce journaliste terré dans une cachette et qui échappe aux forces de l'ordre venues l'arrêter sur insistance de l'évêque en faisant brûler un appartement et en s'évadant par un tunnel qui mène dans une cathédrale où la messe est dite, mais pas pour lui. Boris, puisque c'est de lui dont il s'agit, va nous emmener dans un road-trip qui hésite entre atmosphère asphyxiante et romanesque tout d'abord dans le sud de la France, puis de l'Espagne au Portugal, enfin en Colombie. Au fil rapide de ses pérégrinations, il hérite de compagnons d'infortune. En premier lieu Anissa, qui a le culot d'être enceinte sans être mariée, puis Soledad, un amour de jeunesse, enfin Pablo, un vieux braqueur de banques que le trio enlève pour utiliser sa voiture en une fuite éperdue. Boris va trouver une alliée de circonstance en une fliquette dégradée, et il en aura bien besoin, toute la troupe ayant un tueur à gage musulman engagé par un évêque à ses trousses. L'intrigue à la chronologie linéaire s'agrémente de chapitres qui sont autant de tableaux d'une certaine réalité sociale. Tito Topin aborde également le désir d'avoir des enfants malgré l'absence d'avenir et un cataclysme assuré puisque l'histoire est amenée à se répéter. En cela, L'Exil des mécréants peut s'apparenter à une mise en abyme de Casablanca... En pire ! Heureusement, quelques scènes légères et bienvenues agrémentent cet horizon funeste d'un auteur désespéré non pas du genre humain, mais de la masse humaine. Car, il s'en trouve toujours certains pour avoir une conscience. Fataliste !

    Citation :

    "Pressé de questions, il dit en laissant tomber son pantalon sur les chevilles que les radios racontaient des mensonges, que les smartphones affichaient des images trafiquées, que les blogueurs qui émettaient une opinion contraire à la pensée unique disparaissaient dans l'heure, que la tension était extrême, que les rumeurs les plus incroyables à la vitesse de la lumière et étaient aussi vite oubliées."

    Julien Vedrenne

    vendredi 10 février 2017

     

  • De Gaulle n'est pas un auteur de polar (sortie octobre 2016).

    4ème de couverture :

    Le 29 mai 1968, alors que Paris se pare de barricades, De Gaulle s'invite incognito chez le général Massu et son épouse à Baden-Baden. Une disparition dont personne, ni Pompidou son premier ministre, ni de Boissieu son propre gendre, ne sait rien, sauf... Tito Topin.

    Pendant que le président de la République et le grognard de la guerre d'Algérie se rappellent leurs fredaines de jeunes officiers en Afrique, un crime est commis dans la résidence de Massu.

    -1.jpg

    De nos jours, un écrivain est chargé à l'occasion du prochain cinquantenaire de mai 68 d'enquêter sur ce qui s'est dit pendant ces quelques heures passées à Baden-Baden. Entre deux amours et deux verres de blanc, parviendra-t-il à découvrir les raisons du voyage éclair de de Gaulle ? Est-il lié au meurtre comme le prétendent les Russes ?

    Le célèbre auteur de polars, créateur de Navarro, entraîne le lecteur dans une rocambolesque et pourtant vraisemblable histoire de cadavre et de soldats russes passant à l'Ouest, tout en dressant un portrait haut en couleurs des deux protagonistes. Un régal !

  • Paris, théâtre d'une affaire sanglante.

    Paris est une fête, écrivait Ernest Hemingway, entre Le Select et La Closerie des Lilas.  Le capitaine Giraudoux, qui n'a sans doute rien à voir avec l'écrivain du même nom, en dehors d'un même sens du tragique et du mythe, n'y est pas vraiment à la fête, lui. Chez les Atridès, dans le quartier Plaisance, villa Léone, il y a du rififi et la famille bien sous tous rapports (père général avec brillants états de service, mère BCBG, fille bonne élève…) s'est déchirée. Résultat, deux morts sur le carreau. Et un rejeton en garde à vue s'accusant de tout. Le camarade Giraudoux doit donc démêler les fils d'Ariane de cette affaire pleine de complexes, où personne ne s'appelle Œdipe, même si tout le monde y pense fortement. A l'ombre du lion de Denfert-Rochereau, les histoires d'amour finissent mal, comme partout ailleurs… Même si Pablo Picasso, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Louis Aragon, Elsa Triolet, Henry Miller, Patti Smith et quelques autres ont fréquenté le quartier.

    Tito Topin, l'autBloody Paris.jpgeur de Bloody Paris, est loin d'être un perdreau de l'année. D'aucuns vous diront, l'inspecteur Navarro, c'est lui. Certes. En 1989, il a inventé le personnage joué par Roger Hanin dans une série de cent huit épisodes, dont il assura la direction. Mais ce diable d'homme ne peut être réduit à un commissaire bougon et taciturne à l'accent pied-noir. Auparavant, Tito, copain de Jean Yanne, réalisa avec lui un album de BD, La langouste ne passera pas, délire dadaïste sans gêne. Ils conçurent ensemble les affiches et les génériques des monuments du cinéma que sont Tout le monde il est beau, Moi y'en a vouloir des sous, Les Chinois à Paris. En 1982, Topin décrocha son bâton de maréchal en écrivant pour la Série Noire Graffiti Rock, un polar d'une ironique noirceur, aux dialogues ciselés, dignes de Donald Westlake. S'ensuivirent jusqu'à aujourd'hui une bonne vingtaine d'autres (55 de fièvre, Piano Barjo, Photo Finish, Des rats et des hommes, Métamorphose des cendres, etc.) A chaque fois, le jazz y fait la fête. Comme dans Bloody Paris. Avec une pincée d'Illinois Jacquet. Et un lamento d'Abbey Lincoln accompagné par les seules baguettes de Max Roach…

    Yann Plougastel

     

  • Bloody Paris

    Dans les kiosques et les vendeurs de journaux le 8 juillet.

    Bloody Paris.jpg

  • Portrait du marquis de Sade (1969).

    Paru dans Plexus.

    1978528_10204576775449789_309085016509125873_o.jpg

  • À LIRE À TOUT PRIX !

    img201.jpg

  • Vox Populi, Bordel Dei.

     

    Tito Topin, comme Bourdieu ou John Le Carré, fait partie de ces auteurs qui, à rebours d'une évolution qu'on avait fini par considérer comme inévitable, s'abstiennent de se droitiser en vieillissant et choisissent plutôt de s'enrager davantage contre le monde tel qu'il va. Depuis que la machine à cash de l'inspecteur Navarro a été rangée au garage des rediffusions, Tito a retrouvé le temps de nous livrer ces polars qui, dans les années 80, nous avaient mis l'eau à la bouche. Désormais, son oeuvre continue en suivant deux filons. Celui des années de la décolonisation marocaine, qui sont aussi celles de sa jeunesse: âpre poésie, violences racistes, sensualité, absurdités meurtrières des affrontements, jeunesse rêvant de jazz et d'Amérique, portraits d'enfants et de femme, c'est la partie de son oeuvre sans doute la plus personnelle, qui a notre préférence. Mais cela ne diminue pas les mérites de l'autre, celle où il décrit la déliquescence du monde contemporain. Humour noirâtre, métaphore osées, le copain-complice de Jean Yanne sait nous faire rigoler jaune mais c'est aussi un maniganceur d'intrigues hors pair : coïncidences malheureuses, bifurcations inattendues, eau de boudin, le récit ne cesse de nous surprendre tout en nous laissant le temps de nous attacher aux personnages: dans Métamorphose des cendres, le commissaire ripoux et sa femme cancéreuse ne sont pas piqués des hannetons. Comme en plus ça se passe dans un futur proche qui ressemble beaucoup à notre présent (ici, fuites nucléaires, manifestations d'un mouvement appelé Vox Populi, Bordel Dei, retenons le sigle, la trouvaille pourra toujours servir…) et comme Tito ignore la moraline, on retrouve ce plaisir sans égal, plaisir enfantin qui nous accompagnera jusqu'à la fin : tourner la page, jusqu'à la dernière. (Serge Quadruppani)